(Thérèse CLERC)













Depuis hier, donc, Thérèse CLERC est Chevalière de la Légion d'Honneur......

Son action s'opère d'abord à la tête de la Maison des Femmes de Montreuil (Seine Saint-Denis). Elle y propose des ateliers de théâtre, de sport, de peinture, sculpture, des cours de français, d'anglais, d'alphabétisation......Un soutien moral et une aide à l'insertion sont également proposés aux femmes issues de l'immigration. 

Mais elle s'opère aussi depuis de nombreuses années dans un projet (toujours en passe d'aboutir...) : la Maison des Babayagas.

Mais qu'est donc ce projet ?


Thérèse CLERC "ancre" son féminisme dans "l'art du bien vieillir" avec les Babayagas, maison de vie destinée aux femmes retraitées, le plus souvent veuves, le plus souvent sans grands moyens....Rien à voir avec les structures classiques.....Elle veut montrer que la vieillesse n'est pas une maladie et que les "vieux" ont aussi leur mot à dire.

Ce projet, elle le porte avec ses deux amies Monique Bragard (75 ans) et Suzanne Goueffic (76 ans).

C'est un pari : inventer le lieu qui n'existe pas encore, entre la solitude à domicile et la maison de retraite traditionnelle.

Le bâtiment sera composé d'une vingtaine de studios individuels, loués et aménagés par les résidentes. Le reste de la résidence sera dévolu aux espaces collectifs : cafétéria, laverie, bassin d'hydrothérapie, salles de cours, d'activités variées.....

Elle sera située à Montreuil, juste derrière la Maison des Femmes et sera fondée sur quatre piliers fondamentaux :

- l'autogestion
- solidarité
- citoyenneté
- écologie

Autonomie aussi : "personne pour nous traiter de petites mamies à tout bout de champ" dit Thérèse. "Personne pour nous manipuler. Nous sommes de vieilles bourriques et fières de l'être" rétorque Monique.

Cette exigence d'autonomie s'appliquera le plus longtemps possible, en fonction des handicaps des unes et des autres, lorsqu'ils surviendront.
Toutefois, la Maison n'est pas prévue pour les personnes dépendantes dont l'état nécessite un suivi médicalisé.

C'est une médiatrice extérieure qui aidera à réguler les petits conflits quotidiens. Une réunion sera organisée une fois par mois "pour que l'on puisse déballer tout ce qui ne va pas" disent les trois complices. Elles rêvent de faire de leur amitié le modèle de vie dans cette Maison, et d'y appliquer leur principe le plus cher "ne jamais se coucher fâchées" !

La Maison sera ouverte à tous pour les visites et la partie vie associative.

C'est de son expérience personnelle que Thérèse CLERC a initié l'idée de départ. "J'ai dû m'occuper de ma mère, malade et grabataire pendant cinq ans. Je ne voulais pas faire subir à mes enfants ce que j'avais vécu. Dès lors, j'ai réfléchi à la construction d'un lieu totalement autogéré qui libèrerait les enfants du poids de la vieillesse de leurs proches". C'était en 1997.

Ensuite le parcours tient plutôt d'une "longue galère". Le Maire de Montreuil J.P. Brard se dit prêt à fournir le terrain. Mais il faut la canicule de 2003 pour que les choses se décantent. "Tout le monde s'est agité d'un seul coup à cause des morts de la canicule" dit Monique Bragard. L'office HLM accepte de prendre en charge la construction.

Le pari est également financier. Grâce à l'autogestion qui permet de faire des économies de personnel (avantage sur les maisons de retraite traditionnelles) et grâce à la solidarité qui permet de réduire les coûts par rapport au maintien à domicile.

Toutefois, la pose de la première pierre de cette maison de retraite "autogérée" a encore été décalée. Elle aurait dû se faire en 2007 pour une ouverture printemps 2008. Le Conseil Général du 93 a estimé que le projet était "discriminant" puisque réservé aux femmes !!!!

Thérèse CLERC n'abandonne pas pour autant......"On a perdu une bataille, pas la guerre".

Elle va aussi dans les lycées, parle aux jeunes filles : "quand vous aventurez votre corps, leur dit-elle, soyez responsable. Ne l'emmenez pas n'importe où, avec n'importe qui".

Elle s'insurge contre l'affaire du mariage annulé pour cause de non-virginité. "Il y a trente ans, on serait descendues tout de suite dans la rue. Vous savez, j'ai encore de belles fureurs à vivre à 80 ans passés....."

 

Retour à l'accueil