Au temps où les buissons flambent de fleurs vermeilles,
Quand déjà le bout noir de mes longues oreilles,
Se voyait par-dessus les seigles encore verts,
Dont je broutais les brins en jouant au travers,
Un jour que, fatigué, je dormais dans mon gîte,
La petite Margot me surprit. Je m'agite,
Je veux fuir. Mais j'étais si faible, si craintif !
Elle me tint dans ses deux bras : je fus captif.

Certes, elle m'aimait bien, la gentille maîtresse.
Quelle bonté pour moi, que de soins, de tendresse !
Comme elle me prenait sur ses petits genoux
Et me caressait ! Combien ses baisers m'étaient doux !
Je me rappelle encore la mignonne cachette
Qu'elle m'avait bâtie auprès de sa couchette,
Pleine d'herbes, de fleurs, de soleil, de printemps,
Pour me faire oublier les champs, les libres champs.

Mais quoi, l'herbe coupée, est-ce donc l'herbe fraîche ?
Mieux vaut l'épine au bois que les fleurs dans la crèche.
Mieux vaut l'indépendance et l'incessant péril
Que l'esclavage avec un éternel avril.

Le vague souvenir de ma première vie
M'obsédant, je sentais je ne sais quelle envie.
J'étais triste. Et malgré Margot et sa bonté,
Je suis mort dans ses bras, faute de liberté........

(Jean Richepin)




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