Et si je vous parlais de Gran Mèr Kalle (j'ai trouvé lors de mes recherches plusieurs orthographes.....).

Gran Mèr Kalle, c'est un peu le "croque mitaine" de la Réunion......Il est dit qu'il ne faut pas la rencontrer la nuit, au détour du chemin.....on risque d'y perdre son âme.

Plusieurs légendes circulent à son sujet. Je vous en raconte une déjà, ce soir.....

"La nuit (le fénoir) était tombé sur la case en paille, dans la forêt. La petite fille était déjà dans son lit, prête à s'endormir, quand elle entendit "touout, touout.....". Le cri s'arrêta......puis reprit......Elle n'était pas franchement rassurée, mais la porte était bien fermée.....Le cri cessa, la petite fille s'endormit.

Le lendemain matin, elle raconta à sa mère ce qui était arrivé.

"Seigneur Jésus, dit la maman, c'était Gran Mèr Kalle !

C'est qui, Gran Mèr Kalle demanda la petite fille.

C'est une vieille histoire.....répondit la mère.....quand j'étais petite, ma maman,ta  grand-mère (gramoune en créole) me disait toujours : "si tu n'es pas sage, la gran Mèr Kalle va venir te chercher".

Raconte-moi son histoire, maman.

Et  bien, cela s'est passé au temps des esclaves. Il y avait une grande plantation, possédée par une vieille femme, méchante. Elle ne traitait pas bien ses esclaves. Elle les punissait pour un rien, les fouettait et les forçait à travailler au-delà de leurs forces. Ils étaient très malheureux.

Un jour, arriva chez elle un esclave différent des autres....Il venait de Gorée, sur la côte Ouest de l'Afrique. Il était grand, fort, intelligent. Elle l'avait acheté pour en faire un "commandeur", qui devait mater les fortes têtes. Mais Mafate, c'était son nom, vit comment elle traitait les esclaves et ne put le supporter.

Un soir, il se fit "marron"dans la forêt (déserteur). Il marcha plusieurs jours et plusieurs nuits. Il arriva enfin à une grande vallée où coulait une rivière. Il l'avait remontée, glissant maintes fois sur les galets. De grandes montagnes la surplombaient, des tamarins centenaires offraient leur ombrage protecteur, la rivière débordait de crevettes, de camarons et de poissons. De grands arbres se penchaient et offraient leurs fruits.

Quand il vit ceci, Mafate se dit : "c'est un endroit merveilleux ! Comme ce serait bon d'y vivre, comme les esclaves de la Gran Mèr Kalle seraient heureux ici !"

Il décida de retourner à la propriété et invita tous les esclaves à un grand kabar (fête incluant de la danse, du chant, de la musique). Il leur raconta ce qu'il avait vu.
Ils décidèrent tous ensemble d'un plan leur permettant de s'évader après avoir mis le feu à l'habitation pour détourner l'attention. Malheureusement, un des esclaves était un macrotin (petit maquereau sans envergure). Il alla tout raconter à Gran Mèr Kalle.

Le lendemain, les esclaves eurent la douloureuse surprise d'être entourés par les propriétaires voisins armés jusqu'aux dents. Mafate réussit à s'échapper, mais au moins dix esclaves périrent. Alors Mafate se mit en colère.......Il connaissait bien les plantes. Il cueillit des herbes et en fit une mixture pour la faire boire à Gran Mèr Kalle. Ce fut une de ses esclaves qui lui servit la boisson.

Dès qu'elle eût absorbé la potion, la vieille femme, dans un cri de douleur, se transforma en grand oiseau couleur de nuit qui s'enfuit dans la forêt en hurlant : "touout, touout....." C'est ainsi qu'elle eut pour punition de prévenir les familles lorsqu'un malheur allait s'abattre sur elles.

Ses esclaves s'enfuirent dans le cirque appelé depuis le cirque de Mafate. Ils y vécurent libres, heureux, pendant de longues années sous la conduite de Mafate qui était devenu leur chef.

Mais ce soir là, pour la petite fille, il n'y eut pas de malheur.

 

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